21 juin 2075

Madeline est assise dans un fauteuil en cuir rouge. Le seul objet qui lui reste de cette époque, le seul témoin  de l’ancien monde dans lequel elle vécue les 50 premières années de sa vie. Le seul objet qu’elle ait apporté avec elle lorsqu’alors âgée de 45 ans, elle avait totalement changé de vie pour venir s’installer sur cette terre en 2020. Elle voulait participer depuis longtemps à la création d’un lieu de vie autonome et autogéré, intégrant des activités thérapeutiques et artistiques.

Depuis le début des années 2000, beaucoup de lieux comme le sien avaient déjà vu le jour dans le monde entier car de nombreuses personnes sentaient depuis la fin du XXème siècle l’urgence à élaborer des nouvelles façons de vivre ensemble sur terre. Urgence car l’humanité à cette époque était confrontée à la perspective d’un effondrement. La terreur devant ce futur probable, la rage, la peur et la colère furent les ingrédients déclencheurs pour qu’elle passe à l’action. Curieusement ces émotions fortes lui donnèrent le courage de quitter son confort personnel, ses habitudes de vie, ses croyances pour recommencer autrement et tenter de changer sa façon d’appréhender le monde et ses valeurs. Elle était convaincue que l’homme pouvait répondre à tous ses besoins sans détruire la planète et elle voulait être de celles et ceux qui œuvraient à sa guérison. Elle pensait qu’il fallait laisser mourir la société de croissance industrielle destructrice pour l’humanité et faire naître une société profondément écologique qui, au contraire, soutiendrait la vie.

Elle regardait les gens rire, danser, discuter autour d’elle. Elle souriait en observant les enfants courir à travers champs. Elle se sentait fatiguée mais baignait dans une paix et une satisfaction profondes. Des larmes de gratitude glissaient sur ses vieilles joues ridées. Une petite centaine de personnes vivait dans ce lieu autour duquel d’autres  communautés, aux fonctionnements semblables, s’étaient installée.

Aujourd’hui, tout le monde était réuni pour fêter le solstice d’été, pour célébrer la fertilité et l’abondance.  Bon nombre de fêtes et rituels païens avaient complètement disparu dans la plupart des sociétés industrielles occidentales. Elles étaient aujourd’hui célébrées par la totalité des gens, de nouveau  conscients de l’importance de rendre hommage à la vie. Elle les regardait toutes et tous, toujours là, toujours vivants, avec les mêmes gestes, les mêmes mouvements de cœur et de poumons. Témoins pour certains, comme elle, de la fin d’un temps, survivants du déluge, grâce à la construction  de leur arche. Le lieu s’appelait « l’arche » car pour elle, il était une réponse à la conscience d’un désastre imminent. Il accueillait celles et ceux qui avaient décidés de prendre la fin d’un temps comme le commencement  d’un nouveau. Elle se remémorait les difficultés rencontrées, le mépris et les moqueries auxquels ils avaient du faire face.

Aujourd’hui, les crises majeures qui menaçaient la vie sur terre étaient révolues, les armes démantelées tout comme les technologies et les institutions qui polluaient et décimaient la vie. Les gens vivaient beaucoup plus simplement qu’au début du siècle, ils consommaient moins et local. Ils réparaient. Chacun donnait de son temps pour les besoins communs (cultures, constructions, éducation des enfants, soins…).  Ils voyageaient moins, non pas par impossibilité, il y avait toujours des voitures, trains et avions fonctionnant au gaz naturel bio, mais parce que les gens se trouvaient bien là où ils étaient. Riche de nombreuses interactions, chacun se sentait utile et aimé par cet entourage proche. Quand les gens avaient rempli leurs tâches quotidiennes obligatoires, chacun utilisait son temps comme il l’entendait, aussi l’artisanat et les activités artistiques fleurissaient.

Laure : pourquoi tu pleures Madeline ?

Madeline : Je pense à tous ceux qui n’ont pas survécu, je prie pour que leur prochaine vie leur permette de réaliser l’illusion de la séparation afin qu’ils puissent expérimenter qui ils sont réellement.

Laure : ça veut dire quoi ?

Madeline : ça veut dire qu’il n’y a pas si longtemps, l’homme se croyait fondamentalement séparé du reste du monde, de la terre, des animaux et mêmes des autres hommes. Nous étions conditionnés à penser de la sorte. Cela donnait lieu à des rapports hiérarchiques, au pouvoir « sur » et à la compétitivité.

Laure : vous ne saviez pas que la terre était vivante ?

Madeline : nous la considérions comme un gigantesque caillou mort sur lequel nous vivions. Nous n’avions pas en tête, dans notre façon de la considérer, qu’elle était vivante et que nous pouvions la blesser ou la guérir. Nous nous identifiions seulement à nos égos étroits et compétitifs, nous avions oublié notre connexion à un ensemble vivant plus grand que nous.

Jeunes adultes et enfants s’étaient rapprochés autour de Madeline, l’écoutant attentivement.

L’un d’entre eux : raconte nous, raconte nous un peu comment c’était avant ?

Madeline : Au cours du siècle dernier, notre société s’est de plus en plus tournée vers une poursuite désespérée du plaisir et des satisfactions à court terme. L’hédonisme apparaissait dans la consommation des biens, du sexe, du loisir, de l’alcool, des drogues ainsi que dans la poursuite obsessionnelle de l’argent en tant que fin en soi. Cet aspect frénétique  n’indiquait pas tant un appétit sain que son contraire. Nous doutions de la possibilité d’un véritable bonheur et de la continuité de la vie. Nous refoulions nos sentiments de désespoir pour notre terre et pour notre avenir. Mais, bien entendu, ils refaisaient surface sous d’autres formes. Ils s’extériorisaient dans des actes de violence et de vandalisme et généraient des comportements auto-destructeurs.

L’un d’entre eux : les gens s’auto détruisaient ?

Madeline : oui. Les consommations de drogues et les suicides n’ont jamais été aussi élevés qu’au début du XXIè siècle. Ils étaient largement liés à la rage légitime éprouvée pour l’état de notre monde. Comme nos sentiments de douleur restaient non dits la pluparts du temps et donc non reconnus, les gens se retournaient aussi les uns contre les autres à la recherche du bouc émissaire. D’aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu un ennemi à abattre, nous avons accusé tour à tour les Russes, les communistes, les immigrants, les migrants, les chômeurs, les sans abris, les homosexuels, les féministes …

La montée du racisme et du sexisme indiquait une peur de l’avenir mal reconnue et mal dirigée.

L’un d’entre eux : Pourquoi vous refouliez vos sentiments ? C’est interdit !

Madeline : je crois qu’en en parlant, nous avions peur de souffrir plus. Nous avions peur de paraître morbides, peur de provoquer de la détresse chez les autres, peur de paraître faibles ou émotifs ou trop sensibles (à l’époque la sensibilité n’était pas perçue comme un pouvoir mais comme une faiblesse). Nous avions peur d’être impuissants. Et puis, le monde était très complexe, alors ce n’était vraiment pas simple de comprendre son fonctionnement. Nous manquions de confiance en notre intelligence, on avait peur de paraître ignorant si on se mettait à parler de l’état du monde. Un peu tout ça je crois….

Alors, pour faire taire nos peurs refoulées, nous nous réconfortions avec la conviction que nous pouvions et devions faire confiance à nos leaders politiques et économiques.

L’un d’entre eux : c’est quoi un leader ?

Madeline : des gens qui dirigent.

L’un d’entre eux : vous aviez des dirigeants ?

Madeline : oui. Nous n’étions pas encore dans le « pouvoir avec »  et l’auto-gouvernance. La véritable démocratie participative a vu le jour en 2051. Inconscient de nos propres pouvoirs, nous avions besoin de fantasmer un gouvernent fort, protecteur et sage. Le refoulement de notre propre souffrance pour la planète nous invalidait politiquement. Comprenez bien que nous nous pensions séparés les uns des autres, de ce fait, nous étions déconnectés de notre sagesse profonde. C’est pour cette raison que nous étions dociles et obéissants. Nous assistions, impassibles, à la destruction de notre monde, abandonnant ainsi une partie de notre humanité. Nous évitions les informations pénibles pour ne pas être confrontés à la douleur. Nos performances intellectuelles se sont mises à décliner, car comme ça vous semble évident maintenant, c’est ce qui se passe quand on réprime ses émotions. Ce refoulement continuel pesait sur nos énergies, nous rendant vulnérables à l’amertume, à la dépression, à l’épuisement et à la maladie. Nous nous sentions insignifiants, victimes, remettant nos pouvoirs entre les mains d’industriels et de politiciens corrompus. Nous nous sentions maltraités, acculés, nous nous savions empoisonnés mais la plupart d’entre nous restait paralysée, par manque de vision claire sur des alternatives crédibles, fiables et accessibles.

L’un d’entre eux : les gens faisaient les autruches ?

Madeline : oui, c’était trop dur de parler d’un effondrement de notre société mondialisée. Ils ne voulaient pas le voir.

L’un d’entre eux : personne ne prenait la menace au sérieux ?

Madeline : si, parmi eux il y avait plusieurs types de réactions comme :

-          Un effondrement ? Bien fait : cette société est tellement pourrie.  C’est mieux pour la terre si l’homme disparaît.

-          Si c’est la fin du monde, à quoi bon ? Pourquoi continuer à se tuer à la tâche ? Foutu pour foutu profitons de ce qui nous reste !

-          Ce n’est pas un effondrement mais d’une libération de l’humanité par la conscience !!!

-          Moi je suis près, j’ai suivi des stages de survivalime et j’ai 5 ans de nourriture devant moi, je suis armé jusqu’aux dents.

Explosion de rire de l’assemblé

Et puis ils y avaient ceux qui pensaient qu’il fallait absolument passer à l’action pour transiter ensemble vers de nouvelles façons de fonctionner. Que ce serait dur mais qu’il s’agissait d’une réelle opportunité.

L’un d’entre eux : tu faisais partie de ces gens là ?

Madeline : oui, c’est entouré de gens qui pensaient comme moi que nous avons pu créer l’arche en 2020. Mais avant cela, j’étais moi-même passée par toutes les autres réactions. Je me suis longtemps sentie misérable et impuissante. J’ai longtemps continué, par exemple, de consommer comme si je ne connaissais pas les impacts catastrophiques et irrévocables de mes achats sur la planète. Je suis longtemps restée dans l’inertie moi aussi, longtemps bloquée dans de nombreux paradoxes, comme la plupart de mes concitoyens à l’époque.

L’un d’entre eux : mais pourquoi avoir attendu si longtemps pour agir ? Pourquoi, alors que vous saviez, avez vous continué sans changer ? Il y aurait eu moins de morts!

Madeline : aussi étrange que cela puisse paraître, peut-être que les dangers qui menaçaient la terre étaient tellement massifs et sans précédents qu’ils en devenaient difficile à croire.

L’un d’entre eux : comment avez vous commencé ?

Madeline : on a commencé à se réunir de manière hebdomadaire, nous étions une dizaine. On s’est vu pendant plus d’un an avant de trouver le lieu et d’y travailler.  On parlait, on partageait nos craintes, nos connaissances, nos opinions, on pleurait ensemble et on rêvait, on imaginait un autre monde. Au bout d’un an nous savions exactement ce que nous voulions et comment nous mettre au travail. Assez vite en fait, avec ce travail d’acceptation et de changement de posture intérieure, nous avons commencé à récolter les cadeaux suivants :

-          Une conscience accrue des souffrances et des dangers. Une capacité à les reconnaître, à s’y confronter sans dérobade, sans déni et sans indifférence.

-          Un renforcement de la vitalité personnelle pour avoir reconnu et intégré notre douleur pour le monde en la recadrant.

-          Un sens élargi de l’identité et de l’intérêt personnel en tant que partie intégrante du corps vivant qu’est la terre.

-          Un sens émergeant de la communauté puissante et nourricière. Les bienfaits du partage avec les autres, avec nos espèces frères et sœurs, avec nos ancêtres et avec vous les générations futurs. Nous nous sentions redevables d’eux et inspirés par vous.

-          Une motivation plus solide pour se rejoindre et se regrouper afin de participer à la guérison du monde. Une confiance dans la force qui peut nous soutenir, parce qu’elle ne provient pas de nos « moi » séparés mais de chaque autre et des interactions entre nous.

-          Une appréciation de la diversité de nos dons et des nombreux rôles différents et interdépendants que nous pouvions jouer pour le changement de Cap.

-          Une gratitude vis-à-vis de notre propre personne, unique, avec toutes ses forces et ses limites. Une appréciation pleine de respect pour notre intention d’être utile en ce temps là précisément.

-          Nous nous sommes libérés de la dépendance aux résultats immédiats et mesurables,  nous nous sommes engagés vers des objectifs à long terme qui allaient au-delà de notre vie individuelle.

-          Nous ressentions le bonheur à la fois d’être en vie en cette période historique pour la Terre ainsi que de notre privilège d’être acteurs du changement.

Nous avons travaillé à intérioriser ces cadeaux et nous avons étudié comment ils pouvaient modeler nos vies et nos actions. En regardant les catastrophes droit dans les yeux, nous arrivions malgré tout à nous raconter de belles histoires. Ces histoires inventaient la réussite d’une génération à s’affranchir des énergies fossiles, à parvenir au recyclage complet de ses déchets. Nous rêvions d’un monde où les plus riches utilisaient leur fortune pour le bien public et commun. Un monde où la notion de pouvoir sur, aussi inexacte que dysfonctionnelle étaient remplacée par le pouvoir avec, avec des flux d’information non entravés. Un monde d’auto gouvernance dans lequel la libre circulation de l’information, nécessaire à la prise de décisions politiques, fonctionnait. Un monde d’empathie, mais aussi de vigilance et de fermeté répondant aux besoins d’auto-organisation du système. Un monde qui agissait au nom d’un système plus vaste pour le bien commun. Une société qui soutiendrait la vie au lieu de la détruire. Malgré les prédictions scientifiques dramatiques, nous choisissions de croire que nous pouvions encore agir pour assurer un monde viable.

L’un d’entre eux : mais la vie est en nous ! Comment on pouvait ne pas faire autrement que de la soutenir ?

Madeline : toute l’économie de la société de croissance industrielle, dans laquelle je suis née et à laquelle j’appartenais, dépendait de ressources toujours croissantes. Pour faire tourner le moteur du progrès, la terre, servait à la fois de magasin et de tout à l’égout. Nous allions droit vers notre auto destruction. Aujourd’hui tu ne peux t’en rendre compte, mais choisir la vie en 2018 était une vaste aventure qui demandait plus de courage et de solidarité que n’importe qu’elle campagne militaire de l’époque. Alors que la révolution agricole avait nécessité plusieurs siècles, la révolution industrielle plusieurs générations, nous savions que nous n’avions que très peu de temps pour la révolution écologique.

L’un d’entre eux : Paul : comment vous avez fait ?

Madeline : nous étions loin d’être les premiers acteurs pour le changement, les initiatives de transition avaient commencé à apparaitre ainsi que des actions de résistance pour la vie sur terre. On a pris le train en marche, certains d’entre nous ont rejoint les militants courageux perchés en haut des arbres pour les sauver de l’abatage illégal. D’autres ont lancé des campagnes d’information et organisé des conférences expliquant aux gens toutes les actions positives qui pouvaient être menée à échelle locale. On a travaillé à convaincre les élus locaux d’actions à mener sans l’aval du gouvernement.

Toutes ces actions nous libérèrent de ce sentiment d’impuissance si toxique et si répandu parmi la population à l’époque. Ce travail sur l’imaginaire collectif a participé au renforcement de la résilience locale, a contribué à reconstruire un tissu social solide et vivant et a instauré un climat de confiance. Nous avons petit à petit ré-appris à vivre ensemble, habitude qui avait disparu dans ce monde matérialiste et individualiste.

En parallèle nous commencions à comprendre ensemble le fonctionnement si complexe de la société mondialisée de la croissance industrielle. Quels étaient les accords tacites qui créaient une richesse obscène pour quelque uns tout en appauvrissant le reste de l’humanité. Nous avons compris que la survie de ce fonctionnement était conditionnée à notre participation et nous avons commencé à créer des alternatives contenant les graines de votre présent (de plus en plus de gens  ont par exemple refusé de payer leurs impôts puisque beaucoup de notre argent était reversé à l’armement). Nous continuions de faire un pot commun pour les services publics que nous souhaitions garder, comme les hôpitaux par exemple, auxquels nous reversions directement.

Au même moment, la plupart d’entre nous expérimentait un véritable réveil intérieur. Notre perception de la réalité changeait, nous réalisions que nous étions des êtres divins, dotés de pouvoir de création et de guérison, que nous appartenions à un corps vivant plus vaste : la terre. Nous commencions à sentir réellement que notre monde était sacré et que nous avions tous une mission, toute aussi sacrée. Ces nouvelles perceptions nous ont permis de redéfinir nos richesses et nos valeurs. Elles nous ont libérées de nos illusions à propos de ce que nous devions posséder ou de notre place réelle dans l’ordre des choses.

Avant ce réveil, nous étions, comme je vous l’ai dit, dans un fonctionnement individualiste, nous nous pensions séparés les uns des autres, nous n’avions pas conscience de notre interdépendance ni de notre appartenance commune au corps vivant qu’est la terre.

Toutes ces prises de conscience nous ont sauvés de la panique et de la paralysie. Elles nous ont aussi aidés à supporter la tentation de nous retourner les uns contre les autres pour déverser notre peur et notre rage. Comme nous reconnaissions la globalité de la vie, nous savions qu’il n’y aurait pas de salut individuel. Nous unissions enfin nos forces pour trouver des solutions d’auto guérison du monde et nous considérions le chaos comme la source même d’un avenir meilleur.

Encore une fois, le point de départ, qui a permis à tant de gens de se transformer et par conséquent de transformer le monde, fut l’acte de courage et d’amour que nous avons posé en osant regarder notre monde  tel qu’il était.

C’est la science contemporaine de l’époque avec la physique quantique, trouvant bien entendu ses appuis dans les anciennes traditions spirituelles qui vous sont enseignées aujourd’hui. Elle nous a aidés à comprendre notre relation au monde, elles nous a éveillés à nos pouvoirs. Les enseignements les plus mystiques du christianisme, de l’islam et du judaïsme, le chamanisme, la sagesse taôiste, hindouiste ou bouddhiste nous ont offerts une réponse aux mystères fondamentaux. Ils nous ont libérés des notions restrictives de notre identité et de nos besoins. Ils nous ont ramenés à notre véritable nature, en connivence avec les étoiles et les arbres. Petit à petit, nous avons arrêté de lutter pour maitriser notre environnement.

Le jour où la science a commencé à étudier le tout au lieu de partie distinctes, nous avons alors découvert qu’un tout, qu’il s’agisse d’une cellule, d’un corps, d’un écosystème ou de la planète, n’était pas seulement une partie disjointe mais un système organisé de façon dynamique et complexe et en équilibre interdépendant des autres dans chaque mouvement, chaque fonction, chaque échange d’énergie et d’information. Ce fût une révolution, car là où nous avions l’habitude de voir des dichotomies partout, séparant la matière des processus, le soi de l’autre, la pensée des sentiments par exemple, nous avons déplacé notre regard sur ces frontières pour les faire disparaître. C’est comme ça que les intuitions ou les sensations sont devenues aussi valides et importantes que le raisonnement par exemple.

La rencontre de ces traditions anciennes avec l’esprit occidental moderne fut l’évènement le plus important de nos existences je crois. Ces traditions ne contribuèrent pas seulement à bousculer nos compréhensions mais également à incarner ces connaissances, de sorte qu’elles sont devenues réelles dans nos expériences et efficaces dans nos vies. Nous avons tous pu expérimenter que nos idées se matérialisaient à travers nos sens et notre imagination, au moyen d’histoires, d’images et de rituels qui engagent notre capacité de dévotion. Nous avons réalisé que la terre était abondance mais qu’elle exigeait respect et justice. Nous avons réalisé que les  peurs, l’avidité, la haine, et tous ces autres poisons naissaient de notions fictives, d’un soi permanent et séparé, et que nous devions les lâcher.

L’un d’entre eux : comment vous vous y êtes pris ?

Madeline : on a mis en place des méditations collectives hebdomadaires sur la compassion et la joie à travers la joie des autres, de manière à déconditionner nos vieux schémas. Nous avons tous fini par faire l’expérience profonde de la réalité en tant que processus, en tant qu’impermanence et non en tant qu’objets solides existants par eux même.

Dans ces nouvelles manières avec lesquelles vous vivez aujourd’hui et que nous avons mis en place dans ce lieu :

-          Etirements et exercices de respiration

-          Activités manuelles pour le bien commun de tous

-          Activité artistiques, sportives, contemplatives

-          Méditations collectives

 

Nous nous sommes transformés, nous sentant soutenus par une force que nous ne soupçonnions pas. Cette force dépasse notre force individuelle et agît à travers nous. C’est la grâce mes enfants, et aujourd’hui nul besoin de croire en Dieu pour l’éprouver. Elle arrive quand on agît avec d’autres, non plus pour soi, mais pour notre planète. Comme le font pour nous chacune de nos petites cellules.

 

Madeline mourût cette nuit là, pendant son sommeil. Une grande fête fut organisée, son corps fut entouré d’un linceul et elle fut enterrée aux pieds du grand chêne derrière sa petite maison en bois.